Haïti-Kidnapping
Lettre ouverte de la famille Marcello
Le directeur du Conseil National des Marchés Publics (CNMP), Robert Marcello, a été enlevé le 12 janvier dernier à Port-au-Prince
dimanche 8 février 2009
(Read the original article here)
« Si Bondye ba n la pawòl Se pou n kapab pale Pou n di tou sa n dwe di Depi n ap di sa ki vre San ke n pa blese pèsòn » Ansy Dérose
Depuis 24 jours nous attendons le retour d’un époux, d’un père, d’un frère, d’un oncle, d’un cousin, mais aussi d’un ami cher.
Après avoir frappé à bien des portes et sollicité nombre d’inconnus, nous avons décidé de lancer un appel à la population haïtienne entière. Au delà de ceux qui ont commandité le rapt, de ceux qui s’en réjouissent et/ou en bénéficient, nous voulons toucher les voisins du lieu où il est détenu, ceux qui ont vu ou entendu, ou ceux qui n’ont qu’un simple soupçon.
Personne ne peut se mettre à notre place. Je ne vous le demande pas. Et alors que j’écris ces lignes je perçois les limites de mon message. Les mots ne sauraient exprimer notre chagrin, nos peurs et notre désespoir. Un évènement pareil vient souligner le caractère insulaire de tout être humain : des îles qui s’effleurent
Se voir sans se toucher, Se toucher sans se voir, Se parler sans se comprendre.
Je ne vanterai pas les qualités de l’homme. Pour qui le connaît ou a collaboré avec lui, ce serait superflu. Je veux regarder au delà, à la base : l’humain. L’homme regardé de haut, incompris par certains parce qu’il traitait ses employés et collaborateurs, les plus modestes, et les habitants de l’immense bidonville qui s’étale non loin de notre propre quartier avec autant de considération que lui même. Nous, ses filles, avons été élevées ainsi. Plusieurs membres de notre famille déjà, au lieu de se lancer dans le secteur privé des affaires, ont choisi une carrière dans l’humanitaire : à grande ou petite échelle. L’intérêt que Robert porte à son prochain le rend parfois malade d’inquiétude.
Il est un poto mitan : celui sur qui on peut compter en toutes circonstances, celui qui se réjouit sans amertume du bonheur et du succès des autres, qui répète à l’envi : "Je me respecte et je respecte les autres afin de dormir tranquille le soir". Je crois qu’en bientôt 65 ans d’existence, il y a réussi.
Si un reproche peut lui être fait, c’est d’avoir, malgré son pragmatisme légendaire, été trop naïf envers l’Etat haïtien, d’avoir trop cru à la décence des uns et des autres ; d’avoir cru, même parfois par delà ses négations, qu’une autre Haïti est possible. Il croit que chacun sur cette île a droit à une vie décente. J’ai eu 25 ans le 12 Janvier 2009. Le jour du rapt : Bon Anniversaire Rose !
Jamais je n’ai pensé être un jour de ces femmes et filles qui dans des stades et sur des places publiques au Chili, en Argentine et en Espagne défilent avec une photo dans un cadre. Mais j’y suis prête. La vie m’y a préparée.
En un quart de siècle j’ai vu des soulèvements populaires, des coups d’état, des changements de régime et des morts à en perdre le décompte. Pour parodier un homme illustre, j’ai vu une dynastie dictatoriale prendre fin, un mur s’effondrer, un million d’hommes périr en un mois, un homme entrer triomphant à Pretoria, un Lider Maximo prendre sa retraite et une famille noire à la maison blanche… et tant de choses encore.
Je ne reculerai pas devant ma destinée. Si je dois passer des heures au soleil, une photo en main, je le ferai. Pas parce que j’espère en la justice haïtienne, pas pour crier réparation ou vengeance, mais tout simplement pour lui. Parce qu’il le mérite. Car si les rôles étaient inversés, cet homme aurait marché jusqu’en enfer pour nous. Je n’ai donc pas le droit d’abandonner.
Nous lutterons, nous crierons jusqu’à ce que nous ayons un dénouement.
Entre temps, deux autres drames sont venus frapper notre famille. Ma tante, après deux ans d’une lutte acharnée contre le cancer, est partie sans même savoir que son frère avait disparu. Jusqu’aux derniers moments elle demandait : "Où est Robert ? Ca fait des jours qu’il ne m’appelle pas... ». Nous procéderons aux funérailles sans Robert.
Mais je crois que nous tous, même dans notre détresse, craignons au retour de mon père la question fatale :« Comment va Gilberte ? »
Rose Marcello 5 Février 2009 Montréal, Canada
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Wednesday, February 11, 2009
Thursday, January 29, 2009
Enlèvement et exécution de Me Eric Dubosse: Réprobation générale
(Note: Coming in tandem with the kidnapping on 12 January of Joseph François Robert Marcello, the National Coordinator of Public Procurement in Haiti since 2004, and what are evidently the efforts of some in the police and government to block an investigation into the crime, the killing of Eric Dubosse is proof that the scourge of kidnapping has yet to fully be shaken off in Haiti. Nor, it would seem, given the particulars of the Marcello case, have the political dimesnsions of kidnappings been thoroughly excised. MD)
Enlèvement et exécution de Me Eric Dubosse: Réprobation générale
Le recteur et les étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti ainsi que l’ordre des avocats de Port-au-Prince protestent contre ce nouvel acte barbare qui emporte un professionnel chevronné
lundi 26 janvier 2009,
Radio Kiskeya
(Read the original article here)
L’exécution par ses ravisseurs du pharmacien et avocat Louis Eric Dubosse, 65 ans, a provoqué une onde de choc dans différents milieux, forçant des étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) et les membres du barreau de Port-au-Prince à protester vigoureusement contre ce nouveau crime odieux.
La nouvelle a provoqué lundi matin la stupéfaction générale parmi les étudiants de la faculté d’odontologie qui ont aussitôt organisé un sit-in pour réclamer justice. Le professeur Eric Dubosse devait assurer comme à l’ordinaire son cours de jurisprudence.
Depuis la confirmation de ce brutal et lâche assassinat, ses étudiants n’en finissent pas de vanter ses qualités.
Abasourdis, les responsables du décanat de la faculté, avaient du mal à trouver les mots qu’il faut pour traduire leurs sentiments vis-à-vis de ce drame. Rappelant que le disparu était un honnête homme et un éducateur consciencieux, ils soulignent que le kidnapping mortifère a encore emporté un des représentants de l’intelligentsia haïtienne.
Pour sa part, le recteur de l’Université d’Etat, Vernet Henry, s’est déclaré choqué devant la disparition d’un homme qui faisait partie du personnel enseignant de l’UEH depuis 1981. Il qualifie la mort d’Eric Debrosse de coup terrible porté à l’ensemble de la communauté universitaire et en particulier à la faculté d’odontologie où les étudiants lui vouaient une grande admiration.
Le recteur Henry souhaite que les forces de sécurité redoublent de vigilance afin de stopper la machine infernale du kidnapping.
L’exécution de l’ex-otage a également provoqué des remous au barreau de Port-au-Prince où Me Dubosse était régulièrement inscrit. Le bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Gervais Charles a annoncé qu’une dispense de plaider a été accordée pour toute la journée de lundi en solidarité au confrère disparu. Une pétition a été également lancée en vue d’exprimer les protestations de l’ensemble de la corporation qui seront acheminées au ministre de la justice, Jean Joseph Exumé. Un registre devant recueillir les signatures a été ouvert à cet effet au Palais de justice de la capitale.
Précisant que l’ordre des avocats s’était constitué partie civile face à ce crime qui doit être élucidé, Me Gervais Charles a aussi appelé le titulaire de la justice à relancer des enquêtes, aujourd’hui au point mort, ouvertes sur d’autres cas d’hommes de loi assassinés.
Réginald Delva, expert en sécurité, a déploré le meurtre qui, fait-il remarquer, a été commis –comble de l’ironie- au moment où la Chambre des députés venait tout juste d’approuver la nouvelle loi sur le kidnapping. M. Delva dénonce le refus catégorique des compagnies de téléphonie mobile de coopérer avec la police chaque fois qu’un rapt se produit et entraîne une succession d’appels téléphoniques de la part de ravisseurs en quête de rançon.
Parente de la victime, l’ancienne maire de Port-au-Prince, Dr Marie-Yves Pouponneau Duperval, paraissait très bouleversée dans ses premiers témoignages sur les circonstances dans lesquelles s’est produit le drame. Dans une interview à Radio Kiskeya, elle a raconté que les meurtriers avaient enlevé le sexagénaire mercredi dernier (21 janvier) au moment où il regagnait en voiture son domicile à Delmas 31 (banlieue nord de Port-au-Prince). Son corps méconnaissable a été découvert dimanche matin à Delmas 75 (banlieue est).
Enlèvement et exécution de Me Eric Dubosse: Réprobation générale
Le recteur et les étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti ainsi que l’ordre des avocats de Port-au-Prince protestent contre ce nouvel acte barbare qui emporte un professionnel chevronné
lundi 26 janvier 2009,
Radio Kiskeya
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L’exécution par ses ravisseurs du pharmacien et avocat Louis Eric Dubosse, 65 ans, a provoqué une onde de choc dans différents milieux, forçant des étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH) et les membres du barreau de Port-au-Prince à protester vigoureusement contre ce nouveau crime odieux.
La nouvelle a provoqué lundi matin la stupéfaction générale parmi les étudiants de la faculté d’odontologie qui ont aussitôt organisé un sit-in pour réclamer justice. Le professeur Eric Dubosse devait assurer comme à l’ordinaire son cours de jurisprudence.
Depuis la confirmation de ce brutal et lâche assassinat, ses étudiants n’en finissent pas de vanter ses qualités.
Abasourdis, les responsables du décanat de la faculté, avaient du mal à trouver les mots qu’il faut pour traduire leurs sentiments vis-à-vis de ce drame. Rappelant que le disparu était un honnête homme et un éducateur consciencieux, ils soulignent que le kidnapping mortifère a encore emporté un des représentants de l’intelligentsia haïtienne.
Pour sa part, le recteur de l’Université d’Etat, Vernet Henry, s’est déclaré choqué devant la disparition d’un homme qui faisait partie du personnel enseignant de l’UEH depuis 1981. Il qualifie la mort d’Eric Debrosse de coup terrible porté à l’ensemble de la communauté universitaire et en particulier à la faculté d’odontologie où les étudiants lui vouaient une grande admiration.
Le recteur Henry souhaite que les forces de sécurité redoublent de vigilance afin de stopper la machine infernale du kidnapping.
L’exécution de l’ex-otage a également provoqué des remous au barreau de Port-au-Prince où Me Dubosse était régulièrement inscrit. Le bâtonnier de l’ordre des avocats, Me Gervais Charles a annoncé qu’une dispense de plaider a été accordée pour toute la journée de lundi en solidarité au confrère disparu. Une pétition a été également lancée en vue d’exprimer les protestations de l’ensemble de la corporation qui seront acheminées au ministre de la justice, Jean Joseph Exumé. Un registre devant recueillir les signatures a été ouvert à cet effet au Palais de justice de la capitale.
Précisant que l’ordre des avocats s’était constitué partie civile face à ce crime qui doit être élucidé, Me Gervais Charles a aussi appelé le titulaire de la justice à relancer des enquêtes, aujourd’hui au point mort, ouvertes sur d’autres cas d’hommes de loi assassinés.
Réginald Delva, expert en sécurité, a déploré le meurtre qui, fait-il remarquer, a été commis –comble de l’ironie- au moment où la Chambre des députés venait tout juste d’approuver la nouvelle loi sur le kidnapping. M. Delva dénonce le refus catégorique des compagnies de téléphonie mobile de coopérer avec la police chaque fois qu’un rapt se produit et entraîne une succession d’appels téléphoniques de la part de ravisseurs en quête de rançon.
Parente de la victime, l’ancienne maire de Port-au-Prince, Dr Marie-Yves Pouponneau Duperval, paraissait très bouleversée dans ses premiers témoignages sur les circonstances dans lesquelles s’est produit le drame. Dans une interview à Radio Kiskeya, elle a raconté que les meurtriers avaient enlevé le sexagénaire mercredi dernier (21 janvier) au moment où il regagnait en voiture son domicile à Delmas 31 (banlieue nord de Port-au-Prince). Son corps méconnaissable a été découvert dimanche matin à Delmas 75 (banlieue est).
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